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Acte I : la question du pourquoi

Scène unique : historique et raison

Cet historique est réalisé selon la grille de lecture de l'unité et de la diversité de l'Europe depuis que ce mot a une signification. Respectant strictement les faits, je les ai néanmoins ordonné de façon à respecter cette problématique.


I. Le long Moyen-âge (11e siècle – 18e siècle)

La question de la naissance de l'Europe impose d'emblée la définition de ce que l'on appelle historiquement l'Europe : au Moyen Age (si tant est que l'on date la naissance du concept « Europe » à cette époque, ce qui parait tout de même peu discutable), l'Europe regroupait l'espace du catholicisme. Cette Europe était un fait métaphysique, du fait de son unification sous l'égide spirituelle de la papauté. En revanche, la dispersion politique était totale du fait du système (ou de l'absence de système !) de la féodalité : mais cette dispersion politique donnait d'autant plus d'importance à l'élément métaphysique de la papauté. Bien entendu, il ne s'agissait pas de l'Europe telle qu'elle est connue depuis la Renaissance, mais plutôt d'un espace identifié par sa foi commune que l'on nomme en histoire Occident chrétien. Cet espace trouve à cette époque son identité dans un certain nombre de faits : l'opposition à la religion musulmane, qui se matérialise dans la Reconquista et les croisades, l'opposition aussi à la l'Eglise orthodoxe qui, depuis le schisme de 1051, n'est plus (même symboliquement) sous l'égide de Rome. Plusieurs autres éléments viennent démontrer une identité commune tels que l'extension des arts romans puis gothiques, le développement des universités (la Sorbonne draine d'ailleurs des étudiants venus de tout l'Occident chrétien).

La situation se modifie à partir du 14e siècle : dans le sens du dispersement d'abord. Deux Etats puissants car unifiés, la France et l'Angleterre, apparaissent effectivement à cette période, qui remettent en cause la primauté de l'Eglise. Dans ces deux Etats, les rois ont réussi à contrôler les liens de féodalité de façon telle que les aristocraties guerrières servent directement le roi (en sous-entendu : moins la chrétienté en général) selon la pyramide féodale. Ces deux Etats ne tardent d'ailleurs pas à s'affronter dans la guerre de Cent Ans. Ajoutés à cela la grave crise du 14e, les divisions au sein de l'Eglise tout au long du 15e (auxquelles s'ajoute la prolifération des hérésies), et l'Occident chrétien semble alors en voie de désagrégation...

Mais c'est sans compter sur un double mouvement qui relance la voie vers l'unité : le premier est culturel. Il s'agit de la Renaissance. Né en Italie (de loin la région la plus prospère et la plus avancée sur tous les plans –économique, culturel, technique, intellectuel- du fait du commerce intense et du précapitalisme de ces grandes cités, Florence, Gêne, Venise), cet immense mouvement intellectuel et artistique transcende les clivages entre cités italiennes, et bientôt entre Etats européens. Le second mouvement est politique et religieux : l'Empire ottoman, musulman, s'étend de manière dangereuse en Europe du sud est tout au long des 15e et au début du 16e, en venant à menacer les flottes européennes en méditerranée et assiégeant Vienne en 1529. Face à l'adversaire (porteur d'une forme d'Islam très modéré), l'unité du monde catholique est requise.

Cependant, cette unité est à nouveau contrecarrée, de manière cette fois irréversible. Encore une fois, c'est sur les plans culturel comme politique que la coupure se produit. Culturellement, il s'agit de la Réforme. L'Europe chrétienne est désormais divisée en deux : les protestants au nord, les catholiques au sud. Plusieurs guerres globales dont l'atroce guerre de Trente Ans (1618-1648) et un nombre de morts qui devra attendre les guerres révolutionnaires pour être dépassé seront nécessaires pour faire prendre conscience de cet état de fait aux uns comme aux autres. Le mythe de l'unité est aussi irréversiblement brisé sur le plan politique : l'Espagne, superpuissance dominant les 2/3 de l'espace catholique grâce à ses possessions italiennes et allemandes ne réussit pas à réaliser par la force l'unité. La France de François Ier lui résiste effectivement, ainsi que les nations maritimes et enrichies par le commerce que sont l'Angleterre et les Provinces-Unies (Hollande). Ainsi, à la fin de la Guerre de Trente Ans est signé un traité qui attendra la Révolution (c'est-à-dire 150 ans) pour être remis en question : le traité de Westphalie. Celui-ci définit de facto les règles de l'équilibre des puissances en Europe. Politiquement, celle-ci n'est donc plus qu'un terrain d'affrontement entre volontés d'hégémonie concurrentes. Passée la période de Louis XIV (1661-1715) et de la prééminence française, aucun Etat ne sera plus en mesure de mettre en place de manière crédible cette hégémonie. Tout le 18e (jusqu'en 1792) se résume donc à un affrontement entre puissances visant à conserver l'équilibre continental. La France, l'Autriche, l'Angleterre, bientôt rejointes par la Prusse et la Russie en écrivent le scénario. Culturellement, le mouvement intellectuel des Lumières n'a pas remis en cause cet état de fait comme l'avait fait la Renaissance : ce mouvement a affecté l'Europe entière du fait de la suprématie de la culture française au 18e mais ses penseurs étant exclusivement français, on ne peut parler d'un mouvement européen.


II. De l'An I de la République à l'An 0 de l'Europe

Est-il justifié de partager la seconde période de 1792 à 1945 ? je pense que oui. D'une certaine manière, la Grande Révolution ouvre une période qui ne se referme qu'en 1945, voire en 1989... je veux parler de cette période où les idées les plus extravagantes sorties de quelque cerveau névrotique sont gaiement appliquées à des centaines de millions d'individus qui n'avaient, après tout, rien demandé à personne...

a) Dans le doute et l'idée, nous nous préparerons...

La Révolution française a bouleversé les données de l'évolution historique de l'Europe et du monde (à part peut-être des pays anglo-saxons) à un point tel qu'on a encore aujourd'hui, deux siècles plus tard, du mal à se le représenter : sur un plan politique d'abord. La France a, pendant 20 ans, intégralement dominé la scène politique européenne, faisant voler en éclat l'équilibre des puissances. Le prix à payer de cet effort titanesque a été à la mesure de la domination : un pays exsangue, qui ne sera plus jamais la grande puissance qu'il fut. Mais c'est surtout sur le plan des idées que le bouleversement est radical.
Issue du 18e siècle, mais certainement plus en opposition à lui qu'en adhésion, la Révolution va contre les idées de réforme progressive et douce des Lumières pour s'engager dans le tourbillon de changements rapides et immédiats qui entraîne la France, et bientôt l'Europe entière, dans une remise en cause radicale des traditions culturelles et politiques. Ainsi crée t-elle une fracture dans l'évolution des mentalités, de la politique, de la culture même, qui se ressent encore certainement aujourd'hui... La Révolution a effectivement conduit à un processus très particulier : la fin de la transcendance religieuse comme source spirituelle de l'acte politique. Or, cela entraîne deux conséquences : primo, cette transcendance doit être remplacée par une autre. C'est le rôle que jouent les idéaux politiques qui naissent logiquement à la fin de la Révolution (et de l'échec spirituel de cette dernière dans les décombres de l'Europe napoléonienne). Nationalisme, socialisme, conservatisme, libéralisme tentent très vainement de relier l'acte politique à une transcendance morte. Secundo, l'implication des peuples dans la politique, qui donne à ces idéaux un poids que ne peuvent plus, au fur et à mesure du 19e, ignorer les régimes antilibéraux du continent européen. Fuite en avant des idéologies en –isme dont chacune prétend représenter la nouvelle transcendance qui justifiera la politique et redonnera un sens à l'évolution de l'Europe (les -ismes de la seconde partie du 19e étant le racisme, le colonialisme, le marxisme, l'antisémitisme...). Avancée d'une démocratisation qui met les peuples en contact de plus en plus direct avec ces mêmes idéologies : voilà pour les deux faces politiques du tableau global du 19e siècle européen.

Ajoutés à cela les révolutions techniques et économiques que connaît le siècle de fer (ainsi que les mutations sociales qu'elles entraînent), et les raisons de la quête d'identité qui marque cette époque deviennent encore plus évidentes. Or, il ne faut pas être grand psychologue pour savoir qu'un moment de grande remise en question personnelle ne permet pas l'élaboration de grands projets. La division de l'Europe sous la poussée des nationalismes (entre Etats) et sous celle des idéologies (entre classes) est donc plus forte que jamais, à un point tel que l'idée même d'Europe ou d'Occident peut paraître menacée à de nombreux penseurs (Dostoïevski). Sur un plan géopolitique, le 19e est marqué par la redistribution des forces entre les Etats : la Prusse s'impose à l'Autriche, puis à la France, et donne naissance à la première puissance continentale que devient l'Allemagne impériale en 1870. La Russie pénètre véritablement la diplomatie européenne, se préparant à devenir le supergéant du 20e siècle. Or, ce contexte géopolitique interfère avec les idéologies, c'est-à-dire avec une part de plus en plus grande des populations européennes. Ainsi les sentiments d'exaltation patriotique ou de xénophobie s'exacerbent : la haine de la France envers l'Allemagne, la xénophobie de cette dernière envers la Russie. Ceci n'est pas pour rien dans le monolithisme dangereux des alliances qui se mettent en place à partir de 1880 : en 1905, deux camps se ont face, la Triplice (Allemagne, Autriche, Italie) et la Triple Entente (France, Russie, Royaume-Uni). Mais à l'intérieur même des Etats, le nationalisme se croise bientôt aux idéologies pseudo-scientifiques pour développer des thèmes de pureté de la nation : ceci est notamment à la base de l'antisémitisme qui trouve en Allemagne et en Europe centrale (puis en Russie, mais de manière moins pseudo-scientifique –et plus violente à court terme-) sa terre d'élection.

Ce que je cherche à montrer à travers cela, c'est que l'ensemble de la période atroce de 1914-1945 est contenu en germe dans la seconde moitié du 19e. Il reste, au début du 20e siècle, à trouver l'élément déclencheur qui permettra à toutes ces forces encore souterraines de s'exprimer au grand jour. Cet élément, ce sera la Première Guerre Mondiale.


b) ... à tracer dans les cendres le contour de la mort...


Première guerre

Le 28 juin 1914, un étudiant à la solde des services secrets serbes assassine l'archiduc et héritier d'Autriche, François Ferdinand (le plus libéral et ouvert d'esprit des Habsbourgs pour info...). Début juillet, l'Autriche envoie un ultimatum à la Serbie, les conditions en sont difficilement acceptables. Immédiatement, la Russie prend la défense de la Serbie. Le 28 juillet, l'ultimatum expire : l'Autriche mobilise partiellement et déclare la guerre à la Serbie. Le 30, la Russie, soutenant les Serbes, mobilise totalement ses troupes, suivie le 31 de l'Autriche-Hongrie. Le 1er août, l'Allemagne et la France décrètent elles aussi la mobilisation totale. Le 2, l'Allemagne envahit la Belgique, le 3, elle déclare la guerre à la Russie (donc à la France par le jeu des alliances). Le 4, le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne. Et, ironiquement, c'est en dernier, le 5, que les deux « premiers » protagonistes de l'affaire, la Russie et l'Autriche, se déclarent la guerre !

Les causes de la guerre sont diverses : tout dépend à quel niveau on les regarde. En restant le nez sur les évènements, on pourrait croire en un enchaînement de circonstance désastreux qui a finalement abouti à l'irréparable. Dans cet enchaînement, aucun Etat n'a plus de responsabilité qu'un autre : la Serbie est coupable car elle est celle qui a mis le feu aux poudres en assassinant l'archiduc autrichien. La Russie est coupable car elle s'est mise en position de faire la guerre pour un Etat, la Serbie, qui n'était même pas son allié et ne représentait aucun intérêt stratégique (il s'agissait en fait d'une décision guidée par la rancune du tsar Nicolas II à l'égard de l'Autriche). Elle est aussi la première à avoir mobilisé totalement. La France est coupable car elle n'a pas su raisonner son allié russe et a gardé une attitude distante tout au long du mois de juillet. L'Allemagne est coupable car elle n'a pas raisonné (mais le souhaitait-elle ?) son allié autrichien. Une fois les éléments déclenchés, elle a aussi déclaré la guerre avec une célérité particulière. Le Royaume Uni enfin est coupable car il n'a pas signifié clairement à l'Allemagne qu'il déclarerait la guerre à qui envahirait la Belgique. Cela aurait certainement empêché la guerre puisque l'Allemagne n'aurait pas pris le risque de mener la guerre sur trois fronts.

Mais on peut aussi regarder les choses de plus haut. Le contexte diplomatique au début du 20e siècle n'est plus celui du 18e : c'est-à-dire qu'aux seules considérations stratégiques la géopolitique du 19e a ajouté des éléments idéologiques, affectifs d'autant plus forts que les peuples ont leur mot à dire désormais. Ainsi la IIIe République s'est elle fondée sur l'idéal de la reconquête des terres confisquée par l'Allemagne, donc sur la haine de cette dernière. L'Allemagne s'est fondée sur la haine des Français, mais surtout des Russes, vus comme des barbares. Ainsi les éléments qui président à la diplomatie sont ils nombreux et lourds... voilà aussi une explication à la longueur de la guerre : quel gouvernement aurait pu avoir le courage de prétendre que l'Alsace-Lorraine resterait allemande alors que deux générations de petits français avaient été formatés à croire quelles étaient françaises ? Quel gouvernement aurait pu signer la paix avec l'Allemagne alors qu'un lavage de cerveau anti-allemand avait été si bien opéré par l'école de la République sur tous les petits français devenus grands – et électeurs- ? (il en est évidemment de même du côté allemand à une différence près : l'armée y a pris le pouvoir durant la guerre !). Ainsi, on peut légitimement se demander si la guerre n'était pas au fond inexorable... déjà repoussée de justesse en 1906 puis en 1911, n'aurait-elle pas éclaté en 1915, ou en 1920, à la faveur d'une quelconque autre crise ? je n'ai pas la réponse...

Quoiqu'il en soit, la guerre a eu lieu. Et elle a changé la donne, ou plutôt, elle a permis des choses qui seraient restées impossibles sans elle :
-la mobilisation des moyens économiques, industriels, intellectuels, l'enrégimentement des sociétés (y compris dans les pays libéraux).
-la mobilisation de près de 90 millions d'hommes sous les armes, dépassant de très loin tout ce qui avait pu être connu auparavant.
-l'anéantissement systématique –pour ne pas dire l'extermination- promu au rang de tactique militaire (tactiques de Verdun –le « hachoir »- ou de la Somme)

Tout cela a directement concerné l'ensemble des 400 millions d'Européens. Tout cela met entre les mains des apprentis sorciers idéologues des moyens dont ils savent user, dès 1917 avec le coup d'Etat bolchevique en Russie. Car les idéologies de la seconde partie du 19e siècle : marxisme, ultranationalismes, racisme, restaient jusque là dans une position d'idéaux partagés par quelques cercles extrêmement limités. La guerre leur fournit un élément clef : le peuple. Ou plus précisément la masse, c'est-à-dire le peuple avili, égalisé par la logique nihiliste de l'anéantissement réciproque...
C'est pourquoi dès la fin de la guerre peuvent se mettre en place des mouvements qui ne sont plus seulement des cénacles d'intellectuels de mauvais goût, mais d'authentiques mouvements politiques militarisés recherchant la popularité : ce sont les ligues en France, les faisceaux en Italie, les groupes spartakistes et nazis en Allemagne... les seconds ne tardent pas à s'imposer en Italie, les derniers attendront une décennie en Allemagne.


c) ... qui sera pour l'Europe crépuscule et aurore

Années 20
Est-ce même la peine de préciser à quel point l'Europe ne signifie plus grand-chose au sortir du carnage qu'elle s'est infligée à elle-même ? Un Allemand, Walter Spengler, écrit déjà sur Le déclin de l'Occident pendant que Valéry inflige au visage des derniers optimistes que « nous, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles... ». Les premiers paneuropéens tentent pourtant de mettre en place des projets, mais sont perçus comme de purs idéalistes dans une Europe aux frontières fermées.
Les années 20 auguraient pourtant d'un avenir positif : une certaine réconciliation franco-allemande, une économie qui repartait, des mouvements pacifistes puissants. Mais le passif était trop lourd : on ne se sort pas à si bon prix d'un carnage pareil... on ne peut vivre sans mutation totale après un tel trauma. Or, les pays européens ont préféré partir dans un oubli d'autant plus hypocrite que rien n'était oublié, tout était seulement enfoui, prêt à être remâché et ressassé au premier incident...

Résumons donc la situation géopolitique en Europe : 1919, le traité de Versaille (qui conclue la guerre entre France et Allemagne) est signé. D'une injustice totale, il stipule que la responsabilité du déclenchement de la guerre est attribuée à la seule Allemagne. Ce n'était pas intelligent : le régime démocratique de Weimar, tout juste mis en place face aux tentatives de révolutions d'extrême gauche, se retrouve en plus accusé de trahison par les milieux de droite (très nationalistes). 1922 : Mussolini intègre manu militari le gouvernement italien. 1924 : début du rapprochement franco-allemand. 1926 : l'Italie devient une dictature fasciste. 1929 : l'URSS devient le premier régime totalitaire de l'histoire, avec la mise en ½uvre du premier plan quinquennal (un morceau de délire pur). La crise économique frappe l'Europe.
Durant toutes les années 20, les régimes libéraux ont été renversés dans tous les Etats d'Europe centrale et de l'est sous la pression des milieux anticommunistes, pour être remplacés par des dictatures militaires, souvent d'inspiration fasciste. En 1930, seuls la France, le Royaume-Uni, le Benelux, l'Allemagne, les pays scandinaves et la Tchécoslovaquie restent des démocraties.


Années 30 :

Les années 30 sont au fond très simples à résumer : une lente et sûre reculade des régimes libéraux face aux régimes autoritaires puis totalitaires, régimes qu'on avait pourtant tous les moyens d'anéantir avant qu'ils ne deviennent menaçants...

Je ne reviendrais pas sur ces années là. Non pas parce qu'elles sont moins intéressantes à traiter, bien au contraire. J'estime avoir donné les bases pour comprendre d'où étaient issues les idées et les hommes qui ont participé à l'anéantissement final de l'idée d'Europe et de la culture que celle-ci a porté pendant un millénaire. Ce déchaînement, contenu en germe depuis le 19e siècle et pressenti dès cette époque par certains esprits acérés (désolé d'insister, mais Dostoïevski reste la dessus le maître incontestable) s'est finalement produit.

Vous savez tous ce qui s'est produit. Cela n'est pas particulièrement discible, et pourtant il faut le dire. Ce continent, cette civilisation qui a exploré le sommets du savoir, du bon goût, des meilleurs manières, cette civilisation qui a, pour ainsi dire, réinventé la technique, haussé les arts à un point inimaginable... a aussi anéanti systématiquement six millions de personnes sans même le début d'un prétexte. Toute notre très haute culture, tout le savoir et la sagesse que nous avons pu accumuler durant tout ce temps nous a finalement servi à... fabriquer des savonnettes avec les corps d'êtres humains !

Je dis « nous ».
Je dis « nous » car il appartenait à la France et à l'Angleterre de faire la guerre à l'Allemagne dès 1936 et que, ne l'ayant pas fait, elles sont elles aussi responsables de ce qui s'est produit durant la guerre, qu'on le veuille ou non, qu'elles le veuillent ou non.



Ce n'est aucunement par masochisme que j'insiste là-dessus, et si j'ai pu retracer auparavant toute l'histoire de l'Europe (depuis l'époque où ce mot me parait avoir un sens), c'est pour montrer toute l'absurdité de ceux qui prétendent rattacher une identité européenne actuelle à ce que nous avons été avant 1945.

Car le génocide des Juifs d'Europe n'est pas un évènement incongru, surgi par une sorte de folie de l'histoire : il a sa propre logique, qui est issue du c½ur même de la civilisation européenne, aussi répugnant que cela puisse paraître.

En 1945 s'est ouverte pour l'Europe (et non pour la seule Allemagne) l'année 0
Toute identité antérieure à cette date est, à mon sens, lettre morte.

Par identité, j'entend : les identités nationales, religieuses et politiques.
- Le christianisme n'a pas empêché que cela se produise. En France, UN SEUL évêque a appelé à la lutte contre la déportation. En revanche, plusieurs prélats en Europe ont favorisé cette politique.

- Les patriotismes français ou anglais n'ont pas joué leur rôle basique de sauvegarde de la nation : au moment même où l'orgueil national s'imposait, nous avons préféré nous coucher dans l'ombre du mancenillier Munich.

- Les partis politiques n'ont pas joué leur rôle : en France, le Front populaire a relancé les dépenses militaires mais n'a pas su intervenir en Espagne. Il reste pourtant le seul moment où un gouvernement a tenté quelque chose face au péril ambiant. L'attitude de la droite a été de soutenir objectivement le nazisme face au communisme (à de biens rares exceptions près –Mandel-). L'attitude des communistes a été de violer la mémoire de ceux qui, contre les directives du parti, ont choisi de se battre contre l'Allemagne nazie en 1940...

# Posted on Friday, 01 September 2006 at 1:14 PM

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